FICHE D’INFO – Lutte contre le sida en Côte d’Ivoire : ses chiffres et ses acteurs

La Côte d'Ivoire a enregistré des résultats réconfortants dans sa lutte contre le VIH-sida, mais cette épidémie y demeure "un important problème de santé publique qui a un impact sur le développement", selon ses autorités. Plusieurs organismes et structures sont impliqués dans cette bataille, menée pour certains de concert contre le paludisme et la tuberculose.

Regard sur la mobilisation contre le virus dans ce pays, ses chiffres et ses acteurs.

Qu’est-ce que le VIH-sida ?

Le sida est l’infection due au virus de l’immunodéficience humaine, communément désigné par son sigle VIH. Le mot sida lui-même est un sigle : c’est l’acronyme du « syndrome d’immunodéficience acquise », parce qu’il attaque les défenses naturelles du corps (le système immunitaire) contre la maladie.

Un agent de santé en train de dépister un patient à Ndiwa, au Kenya, en novembre 2015. Le sida est un problème de santé publique en Afrique. Photo : AFP.
Un agent de santé en train de dépister un patient à Ndiwa, au Kenya, en novembre 2015. Le sida est un problème de santé publique en Afrique. Photo : AFP.

Le virus se transmet par voie sexuelle – d’où son classement parmi les « infections sexuellement transmissibles (IST) » ou « maladies sexuellement transmissibles (MST) -, par voie sanguine ou de la mère à l’enfant. On ne l’attrape pas par la salive, par des éternuements, en serrant la main ou en donnant l’accolade à une personne infectée, par exemple.

A ce stade, « il n’existe pas de moyen de guérir l’infection par le VIH », affirme l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans une fiche d’information mise en ligne le 19 juillet 2018.

« En revanche, des médicaments antirétroviraux (ARV) efficaces peuvent permettre de maîtriser le virus et contribuer à éviter sa transmission, de sorte que les personnes qui en sont porteuses et celles exposées à un risque d’infection substantiel peuvent bénéficier d’une vie longue, productive et en bonne santé », indique-t-elle.

Les débuts de la lutte anti-sida

Les premiers cas de VIH « sont apparus en Côte d’Ivoire en 1985 », est-il indiqué dans un document publié en juillet 2015 par le ministère de la Santé, intitulé « Plan stratégique national de la surveillance du VIH-sida et des IST 2015-2019 en Côte d’Ivoire ».

Prévalence du VIH

Pour 2018, la prévalence du VIH en Côte d’Ivoire est estimé à 2,8 %, a affirmé à Africa Check le directeur-coordonnateur Programme national de lutte contre le sida (PNLS) dans le pays, Dr Abo Kouamé.

Cette estimation est en baisse par rapport au dernier taux contenu dans le « Plan stratégique national 2016-2020 de lutte contre le sida et les infections sexuellement transmissibles » (PSN 2016-2020) publié en 2017 par le ministère ivoirien de la Santé et de l’Hygiène publique, consulté par Africa Check. Selon ce document, la prévalence du VIH était de 3,7 % dans la population des 15-49 ans, sur la base de données recueillies lors d’une enquête démographique et de santé (EDS à indicateurs multiples) menée en 2011-2012.

Des statistiques plus récentes figurent dans la base de données de l’Observatoire mondial de la santé qui « est le principal référentiel de statistiques sanitaires » de l’OMS, selon cette agence onusienne. D’après ces estimations, en anglais et accessibles au public, la prévalence du VIH en Côte d’Ivoire au sein des 15-49 ans était de 2,8 % en 2017, ayant enregistré une baisse régulière depuis 2000. Le taux était de 3,6 % en 2010 ; de 5,1 % en 2005 et de 7,7 % en 2000.

Décès dus au VIH-sida

D’après la même base de données, le nombre de décès dus au VIH-sida en Côte d’Ivoire a aussi régulièrement baissé ces dernières années. Il était estimé à 24.000 personnes en 2017 contre 35.000 en 2010 ; 55.000 en 2005 et 61.000 en 2000.

 

Selon l’OMS, « en 2017, 940.000 personnes sont décédées d’une ou des causes liées au VIH dans le monde« .

Accès aux antirétroviraux

Le taux de couverture pour l’accès au traitement ARV était estimé à 46 % en 2017. Pour la même année, quelque 226.000 personnes recevaient des antirétroviraux, sur environ 500.000 personnes vivant avec le VIH, « tous âges confondus ». Selon les résultats du dernier recensement général de la population et de l’habitat publiés par l’Institut national de la statistique (INS), la Côte d’Ivoire comptait à la mi-mai 2014 un peu plus de 22,67 millions d’habitants.

Fin 2017 dans le monde, indique l’OMS, « on comptait (…) environ 36,9 millions de personnes vivant avec le VIH », et sur ce total, « 21,7 millions de personnes étaient sous traitement antirétroviral ».

« Eradiquer le sida d’ici à 2030 »

« Force est de constater que dans notre pays, le VIH reste encore un important problème de santé publique qui a un impact sur le développement », a affirmé le président ivoirien Alassane Ouattara dans la préface au PSN 2016-2018. Il a ajouté que la Côte d’Ivoire s’inscrivait « dans une vision mondiale pour éradiquer le sida d’ici (à) 2030 ».

Citée dans le même document, la ministre de la Santé d’alors, Dr Raymonde Goudou-Coffie, avait de son côté fait état d’autres objectifs, dont ceux de « réduire les nouvelles infections de 50 % » et faire baisser « la mortalité et la morbidité liées au sida des PVVIH (personnes vivant avec le VIH) de 75% ». [L’actuel ministre de la Santé, en poste depuis le 10 juillet 2018, est Dr Eugène Aouélé Aka.]

Des acteurs de la lutte

Un des acteurs en pointe est le PLNS qui, selon son site, est « la structure technique de référence nationale pour toutes les activités en rapport avec la réponse nationale de lutte contre le VIH, le sida et les infections sexuellement transmissibles ».

Le document du PSN 2016-2020 identifie d’autres organes dont l’activité traduit « l’engagement politique contre le sida », dont le Conseil national de lutte contre le sida (CNLS, présidé par le chef de l’Etat) ayant un « rôle d’orientation politique et stratégique » et le Forum des partenaires (présidé par le ministre de la Santé), qui est « un organe de concertation entre le gouvernement, les partenaires techniques et financiers (multilatéraux, bilatéraux, ONG internationales…) ».

Parmi les partenaires, on compte le Fonds mondial, institution financière créée en 2002 qui intervient dans la lutte contre trois maladies : sida, tuberculose, paludisme ; ainsi que des agences du système des Nations unies (Onusida, OMS, Unicef) ou encore des pays à travers leurs agences de coopération (France, Allemagne, Etats-Unis), entre autres.

Sont également impliquées dans la lutte des organisations non gouvernementales (ONG) et organisations de la société civile travaillant avec les communautés ou encore des associations du secteur privé.

Parmi elles, figurent le Conseil des ONG de lutte contre le sida en Côte d’Ivoire (COSCI), Alliance-Côte d’Ivoire, Enda Santé-Côte d’Ivoire, le Réseau ivoirien des organisations de PVVIH (RIP+) ou encore la Coalition des entreprises de Côte d’Ivoire contre le sida, le paludisme et la tuberculose (CECI), qui est « un regroupement d’entreprises et de structures représentatives du secteur privé » du pays fonctionnant comme « une association à but non lucratif et apolitique » selon son site.

Dans le PSN 2016-2020, les autorités reconnaissent que ces différentes organisations « sont des partenaires essentiels dans le dispositif de la riposte nationale au VIH-sida », avec, notamment, un « rôle est avéré dans le renforcement du plaidoyer, la mobilisation des structures communautaires autour de la réponse à l’épidémie et la prise en charge au niveau communautaire afin d’assurer la continuité des soins ».

Financements

En Côte d’Ivoire, selon des experts, le financement de la Santé est en général assuré par l’Etat, les « partenaires techniques et financiers » (bailleurs de fonds) et les ménages.

Un des bailleurs importants est le Fonds mondial, dont les subventions sont coordonnées en Côte d’Ivoire par une structure dédiée dite Instance nationale de coordination des subventions du Fonds mondial (Country Coordinating Mechanism, CCM-Côte d’Ivoire).

Selon la présidente de CCM-Côte d’Ivoire, Dr Djénéba Ouattara N’Gnoh, de 2003 à fin 2017, le Fonds mondial a mis à la disposition de la Côte d’Ivoire plus de 493 millions de dollars américains (plus de 400,9 millions d’euros / près de 263 milliards de FCFA) pour la lutte contre le paludisme, la tuberculose et le VIH-sida.

Dr Ouattara N’Gnoh s’exprimait le 15 février 2018, à l’occasion de l’annonce officielle d’une nouvelle subvention du Fonds mondial à la Côte d’Ivoire contre les mêmes maladies. L’institution financière a accordé au pays un peu plus de 124 milliards FCFA (plus de 219 millions de dollars US / plus de 189,5 millions d’euros) pour la période de 2018 à 2020.

Le coût du Plan stratégique national 2016-2020 est estimé à 556,327 milliards de FCFA (plus de 848,115 millions d’euros / plus de 961,102 millions de dollars US) « en prenant en considération le scénario d’une mise en oeuvre optimale à fort impact », est-il indiqué dans ce document officiel.

Le PSN 2016-2020 précise que ce coût global  » devrait être entièrement financé par l’ensemble des acteurs (gouvernement et partenaires techniques et financiers », et qu' »en cas de gap financier » – ce qui a été constaté dans le passé -, le ministère ivoirien de la Santé « devrait entreprendre un exercice de recadrage des cibles en fonction de l’espace financier disponible ».

Edité par Coumba Sylla

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