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FICHE D’INFO – Lutte contre le paludisme au Sénégal : les acteurs et le financement

Par Coumba Sylla

Le Sénégal est l’un des pays d’Afrique au sud du Sahara où le paludisme demeure un problème de santé (publique), en dépit des efforts menés à différents niveaux, qui ont permis de faire baisser son poids, selon les autorités et experts. Cette fiche d’information présente la situation dans ce pays, certains acteurs de la lutte contre cette maladie et ceux qui la financent.

Qu’est-ce que le paludisme ?

Le paludisme est une maladie “due à des parasites transmis à l’homme par des piqûres de moustiques femelles infectés”, définit l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans une fiche d’information actualisée en novembre 2017. Il peut causer la mort,  s’il n’est pas traité à temps.

“On pensait à l’origine que cette maladie provenait des zones marécageuses, d’où le nom de paludisme dérivé du mot ancien ‘palud’ (signifiant) marais”, indique le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) du Sénégal.

La généralisation de l’utilisation des moustiquaires a contribué à la baisse du taux de prévalence du paludisme en Afrique, notamment au Sénégal. Photo d’archives AFP.

La généralisation de l’utilisation des moustiquaires a contribué à la baisse du taux de prévalence du paludisme en Afrique, notamment au Sénégal. Photo d’archives AFP.

Comment se transmet-il ?

Le paludisme est causé par un parasite appelé “plasmodium”, identifié en 1880. Ce plasmodium se transmet d’humain à humain par l’intermédiaire du moustique femelle du genre anophèle, qualifié de “vecteur” du paludisme.

Il existe “plus de 500 espèces d’anophèles connues” dans le monde, dont “près d’une cinquantaine sont capables de transmettre le plasmodium”, le Centre René Labusquière, qui est l’institut de médecine tropicale de l’Université de Bordeaux, en France. Les mâles ne piquent pas. Les femelles piquent parce qu’elles ont besoin de sang pour le développement de leurs oeufs, qu’elles pondent dans l’eau.

Il existe un cas où un humain peut transmettre le paludisme directement à un autre humain : celui de la contamination de la femme enceinte à son bébé par le placenta. C’est la “transmission par voie transplacentaire”, indique l’Institut Pasteur.

Comment se manifeste-t-il ?

Les symptômes du paludisme sont divers, mais une des premières manifestations est la fièvre, qui peut survenir entre une semaine et un mois après avoir été piqué par un moustique infecté. Ses signes comprennent également des frissons, maux de tête, courbatures, nausées, voire vomissements. Chez certains malades, on constate des accès de fièvre avec des tremblements, de fortes sueurs et une sensation de froid.

Le plasmodium se multiplie dans le foie de l’individu infecté et s’attaque aux globules rouges, ouvrant la voie à l’anémie. Lorsque les globules rouges infectés éclatent, ils peuvent boucher les vaisseaux sanguins qui irriguent le cerveau, causant une sévère forme de paludisme, le neuropaludisme.

Comment s’en protéger ?

On peut réduire les risques d’attraper le paludisme en prenant des médicaments antipaludiques, surtout ceux qui ne vivent pas dans les zones où il est endémique. (Attention : aucun médicament n’assure cependant une protection intégrale contre la maladie).

Il faut aussi s’organiser pour éviter autant que possible les piqûres de moustiques : en désinfectant les domiciles et lieux de reproduction des anophèles, en dormant sous une moustiquaire imprégnée d’insecticide, en portant des habits recouvrant les membres dans les zones où l’on est le plus exposé…

Extrait d’une fiche de sensibilisation de l’OMS sur le paludisme (2017).

Quel traitement ?

Certains médicaments contenant par exemple de la chloroquine ou de la quinine sont couramment prescrits contre le paludisme. L’OMS “recommande les combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine (CTA)”, c’est-à-dire des mélanges de médicaments à base d’une substance tirée de l’armoise annuel (Artemisia annua), une plante originaire de Chine.

Existe-t-il un vaccin ?

Il n’existe à ce jour aucun vaccin contre le paludisme mais des chercheurs travaillent sur plusieurs projets, selon l’Institut Pasteur. “En attendant, la prévention du paludisme reste basée sur la prise de médicaments et sur les mesures de protection contre les piqûres de moustiques”, prévient-il.

Les chiffres du paludisme

Au Sénégal, “la transmission du paludisme est toujours étroitement liée au rythme des pluies et s’effectue en général au cours de la saison des pluies et au début de la saison sèche”, explique le PLNP dans le “le Plan stratégique national 2016-2020”.

“En général, les pluies commencent en juin et juillet”, plus tôt dans le Sud que dans le Nord, et elles “se poursuivent jusqu’en octobre. Le pic de transmission (les mois durant lesquels la majorité des cas sont diagnostiqués) se trouve en octobre et en novembre”.

De même source, le fardeau de cette maladie “a connu une régression significative de plus de 50 % entre 2009 et 2015. En effet, la prévalence parasitaire est passée de 3 % à 1,2 % et la mortalité toutes causes confondues [est passée] de 72 pour mille naissances vivantes à 33 pour mille naissances vivantes chez les moins de 5 ans entre 2009 et 2014”, est-il expliqué dans le document.

Le Bulletin annuel 2017 du paludisme au Sénégal établi par le PNLP a été publié en mars 2018. D’après ce document, en 2017, près de 349.000 cas de paludisme ont été confirmés sur près de 396.000 cas notifiés (la population du Sénégal est actuellement estimée à plus de 15,7 millions d’habitants par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie, ANSD).

Au plan mondial, “en 2016, on dénombrait 216 millions de cas de paludisme dans 91 pays”, soit “cinq millions de cas supplémentaires par rapport à 2015″, tandis que le nombre de décès a été estimé à 445.000 en 2016, contre 446.000 l’année précédente”, selon le rapport de l’OMS publié en novembre 2017. La même source indique que l’Afrique “concentre toujours quelque 90 % de l’ensemble des cas de paludisme et de décès associés dans le monde”.

► Lire aussi : FICHE D’INFO – Pourquoi l’Afrique est le principal réservoir du paludisme

Qui sont les acteurs de la lutte ?

Parmi les acteurs en pointe dans la bataille, figure le PNLP, qui dépend du ministère de la Santé. Sa mission, est-il indiqué sur son site, “est de mettre en œuvre la politique de lutte contre le paludisme au Sénégal” et il “travaille en synergie avec l’ensemble des secteurs afin que le paludisme ne soit plus un fardeau qui freine le développement socio-économique du pays”.

Dans le chapitre dédié au financement de la lutte, le “Plan stratégique national de lutte contre le paludisme au Sénégal 2016-2020” (PSN 2016-2020) énumère plusieurs intervenants dans le combat.

L’Etat sénégalais y contribue “en prenant en charge les salaires des fonctionnaires, les gros investissements, les infrastructures et les frais de fonctionnement, ainsi que les exonérations de taxes et droits de douanes sur les intrants”, c’est-à-dire les produits nécessaires pour les médicaments et les tests de diagnostic rapide.

Plus de 110 milliards de FCFA pour 2016-2020

Les bailleurs comprennent également le gouvernement des Etats-Unis, le Fonds mondial, institution financière créée en 2002 qui intervient dans la lutte contre trois maladies : sida, tuberculose, paludisme. Font aussi partie des financiers des agences et programmes de l’ONU dont l’OMS et le Fonds des nations unies pour l’enfance (Unicef), la Fondation Bill et Melinda Gates, la Banque islamique de développement (BID), la Chine et lOrganisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS, quatre pays riverains).

Le “budget global” pour le PSN 2016-2020 s’établit à 110.854.557.606 francs CFA, “soit un investissement moyen annuel de 1.409 FCFA par habitant et par an” pendant cinq ans, est-il indiqué dans ce document cadre.

Budget du Plan stratégique national de lutte contre le paludisme au Sénégal 2016-2020 (PNLP).

Au Sénégal, le gouvernement américain intervient à travers son Agence pour le développement international (USAID) notamment dans la lutte contre le VIH/sida et le paludisme mais “l’USAID ne travaille pas qu’avec les agences nationales sur ces questions”, a précisé à Africa Check l’ambassade américaine dans un courrier électronique.

Elle fournit des montants octroyés pour la période de 2013 à 2017 totalisant près de 140,8 millions de dollars (plus de 75,34 milliards de FCFA selon un taux de conversion au 6 avril 2018). “Ces chiffres couvrent l’ensemble des programmes” de lutte contre les deux maladies “mis en œuvre par l’USAID dans le pays”, précise-t-elle.


Nouveaux financements

De 2002 à 2017, le Fonds mondial a attribué au Sénégal près de 300 millions de dollars US (160,3 milliards de FCFA), dont 298 millions (de dollars US, plus de 159, 2 milliards de FCFA) ont été décaissés pour les trois maladies” cibles, selon Viviane Hughes-Lanier, gestionnaire de portefeuille pour l’Afrique de l’Ouest au Fonds mondial contactée par Africa Check.

Le 25 janvier 2018 à Dakar, le Sénégal et le Fonds mondial ont signé de nouveaux accords de financements totalisant 64,9 millions d’euros (plus de 42,57 milliards de FCFA) pour la période 2018-2020, soit trois ans. Sur ce total, 32,4 millions d’euros (plus de 21,25 milliards de FCFA) sont destinés à la lutte contre le paludisme.

 

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