Nos articles par flux RSS

774 centres de santé pour 9,2 millions USD : le ministre nigérian de l’Information se trompe de calcul

Pour soutenir la campagne anti-corruption du président Muhammadu Buhari, le ministre nigérian de l’Information a dit que les 9,2 millions de dollars retrouvés dans une maison pourraient financer la construction d’au moins 774 centres de santé. Ses chiffres correspondent-ils à la réalité ?

Par David Ajikobi

D’impressionnantes sommes d’argent liquide ont été récemment saisies dans divers endroits du Nigeria, suite l’adoption de nouvelles lois destinées à combattre la corruption.

C’est ainsi qu’en février dernier, 9,77 millions de dollars avaient saisis dans une résidence appartenant à un ancien directeur de la société publique de pétrole NNPC, en plus d’un autre montant de 74.000 livres Sterling.

Commentant cette découverte, le ministre nigérian de l’Information Lai Mohammed a dit que l’argent recouvré pourrait servir à construire des infrastructures publiques dont les populations ont tant besoin.

“Les Nigérians comprendront mieux les conséquences désastreuses de la corruption s’ils savent que les 9,2 millions de dollars retrouvés dans un village dans le sud de Kaduna peuvent financer la construction d’un centre de santé dans chacun des 774 gouvernements locaux du Nigeria et les financer pendant un an», a-t-il dit.

(Note : son chiffre est en-dessous du montant officiel de 9,77 millions de dollars annoncé par l’agence anti-corruption du gouvernement).

Mais en essayant de contextualiser la question, le ministre a-t-il raison de dire que 9,2 millions de dollars pourraient permettre de construire et faire fonctionner près 800 centres de santé au Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique ?

Nous avons fait le calcul.

Quels genres de centres de santé y a-t-il au Nigeria?

Converti en naira, la monnaie locale, le montant de 9,2 millions de dollars fait environ 2,82 milliards de nairas, si on se base sur le taux officiel de 306 nairas pour 1 dollar de la Banque centrale du Nigeria.

Nous avons demandé au cabinet du ministre de préciser à quel type de centre santé il faisait allusion, mais nous n’avons pas encore reçu de réponse.

C’est parce qu’au Nigeria, il y a 5 types de structures de santé, selon la  National Primary Health Care Development Agency.

L’agence fournit la liste suivante au sujet des standards minimum pour les soins de santé primaires :

  • Type 1 : les postes de santé pour servir un village ou un quartier d’environ 500 personnes,
  • Type 2 : les cliniques de santé primaire pour un groupe de villages ou des quartiers avec une population de 2.000 à 5.000 personnes,
  • Type 3 : les centres de santé primaire pour chacun des 774 gouvernements locaux du Nigeria. Chacun dispose d’au moins 10 pavillons, plus de 7.740 de ces structures sont annoncées dans le pays,
  • Type 4 : les hôpitaux généraux gérés par les gouvernements d’Etat et qui doivent être logés dans chacun des 774 gouvernements locaux,
  • Type 5 : les hôpitaux tertiaires ou universitaires gérés par le gouvernement fédéral. Il est prévu un hôpital universitaire dans chacun des 36 Etats et sur le territoire de la capitale fédérale.

Quel est le coût de leur construction?

Nous avons demandé l’information à l’agence des soins de santé primaire, qui a en charge la construction des types 1, 2 et 3, mais elle n’a pas encore répondu à notre requête.

Toutefois, à travers des demandes d’accès à l’information et des analyses effectuées par le groupe de campagne pour la transparence Public Private Development Centre, nous avons glané des informations à partir des documents de passation de marchés et d’attribution de contrats de l’agence.

Les documents montrent une liste partielle d’institutions de santé primaire construites entre 2001 et 2014 à travers le pays et précisent si elles ont été achevées. En 2014, par exemple, le gouvernement a octroyé 89 contrats d’une valeur de 2,6 milliards de nairas pour la construction de structures de santé primaire de type 1, 2 et 3.

La liste renseigne qu’une structure de santé achevée de type 1 a été érigée dans le gouvernement local de Tsanyawa dans l’Etat de Kano pour 21,99 millions de nairas. Une autre implanté dans le gouvernement local de l’Etat Tundun Wada a coûté le même montant.

Une clinique de type 2 a été érigée dans le gouvernement local d’Ohimini de l’Etat de Benue pour 20 millions de nairas. D’autres ont été construites à Ife Central dans l’Etat d’Osun et dans l’Etat d’Ogun, dans la circonscription d’Ijebu North pour 21 millions de nairas chacun.

Pour ce qui est des centres de type 3, il y en a eu un dans la circonscription Gwer East dans l’Etat de Benue pour 18,42 millions de nairas et à Ajah, Eti Osa, dans l’Etat de Lagos pour le même montant.  (Note : on ne sait pas pourquoi un centre de type 3 coûte moins cher qu’une infrastructure de type 1 ou 2).

Erreur de calcul

Tous ces contrats ont été octroyés en 2014. Sans tenir compte d’une hausse des prix, comme celui des matériaux de construction, du transport et de la main d’œuvre, entre 18 millions et 22 millions de nairas peuvent construire une structure de types 1, 2 ou 3.

En utilisant cette année de référence, avec la somme de 2,82 milliards avancée par le ministre, on pourrait construire entre  128 et 156 centres de santé de type 1, 2 et 3.

Pour que le chiffre du ministre soit correct, chaque structure devrait coûter 3,64 millions de nairas, si on se base sur les contrats de 2014.

Ceci n’inclut pas les coûts d’exploitation pour une année. Un médecin général débutant perçoit 1,31 million de nairas par an, sans compter ses indemnités. Payer 774 médecins à ce niveau coûterait environ 1 milliard de nairas.

Conclusion : pas plus que 170 structures de santé pourraient être érigées

L’administration du président nigérian Muhammadu Buhari veut mettre en exergue ses progrès dans la lutte contre la corruption, un défi majeur dans le pays.

C’est dans ce cadre qu’au moins 9,7 millions de dollars ont été récupérés. Une somme que le ministre de l’Information du pays juge suffisante pour construire près de 800 nouveaux centres de santé et les exploiter pendant un an.

Les données disponibles montrent que cela coûte entre 18 et 22 millions de nairas pour construire l’un des 3 types d’infrastructure de santé au Nigeria. En utilisant le chiffre erroné de 9,2 millions de dollars du ministre, on ne pourrait construire plus que 160 centres de santé, et sans assurer leur coût d’exploitation. (Note : avec 9,77 millions de dollars, 166 centres de santé pourraient être construits au prix de 2014)

Même si le coût de la corruption est une préoccupation sérieuse pour les citoyens, les informations véhiculées dans le cadre de ce débat doivent également être exactes.

Tradui de l’anglais. La version originale peut être conseultée ici.

 

© Copyright Africa Check 2017. Vous pouvez reproduire cet article totalement ou partiellement dans le cadre d’un reportage et /ou d’une discussion sur l’information et l’actualité, à condition d’en attribuer le crédit à “Africa Check, une organisation non partisane qui encourage la précision dans le débat public et dans les médias. Twitter @AfricaCheck_FR et fr.africacheck.org".

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Africa Check encourage une discussion franche, ouverte et inclusive sur les sujets évoqués sur son site. Pour nous assurer que la discussion est en conformité avec des objectifs, nous avons mis en place un réglements pour ces contributions

Les contributions doivent:

  • Etre en rapport
  • Etre rédigées en français

Les contributions ne peuvent pas:

  • Etre diffamatoires, obcènes, abusives, menacer veis et faites dans un langage menaçant
  • Encourager ou constituer une conduite illégale
  • Véhiculer des informations personnelles sur vous sur les autres, susceptibles de mettre quelqu'un en danger
  • Contenir un URL inadapté
  • Constituer un courrier indésirable ou non autorisé
  • Etre soumise plusieurs fois sur le même sujet et le même article

En faisant une contribution, you acceptez que, en plus de Règlement intérieur, vous êtes lié à l'ensembel des termes et conditions d'Africa Check accessible sur le site web.

*