La Fondation Clinton a-t-elle distribué des médicaments anti-Sida «altérés » en Afrique ?

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Un site américain proche des Conservateurs s’est attaqué attaqué à l’Initiative Clinton pour l’accès à la santé visant à faciliter aux malades du monde entier l’accès à un traitement anti-VIH/Sida.

L’ex-président des Etats-Unis Bill Clinton et sa fondation l’Initiative Clinton pour l’accès à la santé (CHAI) ont-ils distribué des médicaments édulcorés aux malades  d’Afrique subsaharienne ?

L’information a été présentée comme exclusive par le site web du journal pro-conservateur The Daily Caller, la semaine dernière. L’article remet en cause l’un des principaux efforts de la fondation consistant à offrir un traitement abordable aux malades du monde entier.

Le premier objectif de l’Initiative Clinton d’accès à la santé quand elle a été lancée en 2002 consistait à faire baisser les prix des médicaments anti-Sida. Si l’initiative est impliquée dans la distribution de médicaments inefficaces, ce serait une infraction grave.

Politifact, notre partenaire basé aux Etats-Unis, a examiné le sujet.

L’initiative aide à faire baisser les coûts du traitement

Chelsea Clinton tenant dans ses bras un enfant dans un hôpital de Nairobi en mai 2015, lors d’une tournée de la CHAI. Photo AFP
Chelsea Clinton tenant dans ses bras un enfant dans un hôpital de Nairobi en mai 2015, lors d’une tournée de la CHAI. Photo AFP

L’article du The Daily Caller est basé sur le brouillon d’un rapport du bureau de Marsha Blackbrun, un membre républicain de la Maison des Représentants, sur la Fondation Clinton. L’équipe de Blackburn met l’accent sur les opérations de l’Initiative Clinton avec Ranbaxy, la firme indienne de production de génériques.

L’initiative est devenue l’un des acteurs principaux dans la chaîne mondiale de fourniture de médicaments antirétroviraux utilisés pour combattre le VIH-Sida. D’une manière ou d’une autre, elle est impliquée dans le traitement d’environ 11 millions de séropositifs.

L’initiative consiste en effet à mettre autour d’une table les vendeurs de médicaments (gouvernements, les organismes à but non lucratif et multilatéraux) qui achètent en gros et les fabricants de médicaments génériques qui acceptent de plafonner les prix.

Le schéma a marché. Le coût du traitement du VIH/Sida a baissé et la firme indienne de production de génériques y joue un rôle essentiel.

Ranbaxy est l’une des firmes indiennes à avoir signé avec l’Initiative Clinton en 2003.

Questions autour d’un médicament non VIH/Sida

Mais Ranbaxy était confrontée à des sérieux problèmes avec la législation américaine.

En septembre 2008, l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) publiait une note d’avertissement contre Ranbaxy. Elle s’inquiétait des économies réalisées dans le processus de production dans deux usines en Inde. La principale complainte de la FDA était de dire que la société avait falsifié les résultats de la date de péremption de deux médicaments. Mais aucun d’eux n’était destiné à traiter le VIH/Sida. Pour des raisons de sécurité, les organismes gouvernementaux ont publié une alerte qui a bloqué l’importation de 30 médicaments à la frontière américaine.

Cette longue liste mentionnait cette fois-ci des antirétroviraux utilisés pour traiter le VIH.

En 2010, le Département de la Justice dépose des plaintes mais encore une fois, aucun compte impliqué dans les médicaments anti-VIH n’est visé. En 2013, Ranbaxy consent à payer 500 millions de dollars US en guise d’amende et de sanctions pénales. Elle reconnait ainsi avoir menti sur les formalités administratives et d’avoir autorisé l’introduction sur le marché américain de lots de médicaments défectueux de traitement de l’acné et l’épilepsie.

Le chef de la division des investigations criminelles de la FDA a dit que son équipe « avait trouvé la preuve que ces médicaments étaient défectueux, dans la mesure où leur force diffère ou bien leur pureté ou qualité sont en deçà de qu’ils disent avoir ».

La FDA indiquait dans son premier communiqué de presse en 2008 qu’elle n’avait « aucune preuve, à ce jour, que Ranbaxy a introduit des produits défectueux », a dit à Politifact son porte-parole, Lynday Meyer.

Médicaments testés en Afrique du Sud

L'ex-président Bill Clinton en compagnie du directeur des Laboratoires Ranbaxy, lors d'une visite en 2003. Photo AFP
L’ex-président Bill Clinton en compagnie du directeur des Laboratoires Ranbaxy, lors d’une visite en 2003. Photo AFP

Bref, on peut dire que la Fondation Clinton utilisait des médicaments anti-VIH d’une société indienne sur laquelle le gouvernement américain enquêtait. Plus tard, cette société a reconnu qu’elle avait falsifié des documents pour plusieurs médicaments et a payé une amende 500 millions de dollars US, mais aucun des médicaments indexés n’était destiné au traitement du VIH.

Que sait-on des médicaments anti-VIH de Ranbaxy?

La FDA a précisé qu’il n’y pas avait lieu de procéder à un retrait de médicament.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) garde un œil sur Ranbaxy depuis 2004, en testant notamment ses produits finis. Dans un rapport de synthèse, en 2013, l’OMS dit que « depuis 2004, la coopération internationale entre les administrations et le programme de pré-qualification de l’OMS a été renforcée pour permettre très tôt un partage de renseignements sur la régulation et faciliter une action coordonnée, quand c’est nécessaire. A présent, il n’y a pas de preuve qu’un produit de Ranbaxy présentement sur la liste des produits médicinaux pré-qualifiés de l’OMS est de qualité inacceptable ».

En termes simples, à travers l’affaire Ranbaxy, aucun régulateur n’a trouvé que ces médicaments anti-VIH étaient défectueux ou demandé leur retrait du marché. Y compris des agences au Royaume-Uni et en Afrique du Sud, où le VIH/SIDA est un sérieux problème. L’Afrique du Sud compte en effet le plus grand nombre de personnes vivant avec le VIH dans le monde.

Grâce notre partenariat avec Africa Check, Vinayak Bhardwaj a confirmé que le Conseil sud-africain de contrôle des médicaments a mené des tests sur les produits de Ranbaxy. En 2013, le Conseil a déclaré que les médicaments étaient « sûrs et efficaces ».

Une vieille accusation

Même si le rapport de Blackburn, qui est la preuve des accusations du Daily Caller, a ajouté un qualificatif, en indiquant que le Fondation Clinton a probablement facilité la distribution de médicaments anti-VIH altérés en Afrique subsaharienne à travers son Initiative Clinton Health Access ».

Etant donné que beaucoup d’organismes ont déclaré que ces médicaments sont sûrs, nous avons demandé au bureau de Blackburn la preuve que la fondation a probablement distribué des médicaments altérés. Nous attendons toujours sa réponse.

Ellen ‘t, ancien point focal en charge des médicaments à l’organisation Médecins Sans Frontières, nous a dit que cette accusation n’est pas nouvelle.

« C’est une absurdité véhiculée par des groupes d’extrême droite », a-t-elle précisé.

Ceci n’est pour dire que Ranbaxy a cessé enfreindre les lois internationales. Depuis 2012, la FDA a rayé trois médicaments de Ranbaxy de sa liste des produits approuvés. Mais en général, ses violations ont tendance à tourner autour des manquements aux meilleurs procédés de fabrication.

Des accusations sérieuses selon lesquelles Ranbaxy vend des médicaments de mauvaise qualité sont venues de divers secteurs. Le gouvernement américain l’a précisé quand il a porté plainte contre le fabricant de médicaments en 2010. D’anciens cadres de la boîte ont dit la même chose, selon un article paru le magazine Fortune.

L’Initiative Clinton a cessé d’acheter la plupart des médicaments Ranbaxy

Tout de même, le flou autour de Ranbaxy était suffisant pour pousser la Fondation Clinton à s’expliquer. En 2008, la Fondation donne une réponse à deux volets. À l’exception des deux composantes spécialement conçues pour les enfants, elle a cessé d’acheter elle-même des médicaments Ranbaxy.

La Fondation a également mis en garde les gouvernements d’Afrique subsaharienne et d’autres au sein de son réseau d’acheteurs afin qu’ils prennent des mesures supplémentaires pour confirmer la qualité des produits de Ranbaxy. Elle leur a demandé de passer, si possible, à d’autres fabricants, et s’ils devaient quand même s’approvisionner chez Ranbaxy, d’intensifier les tests de chaque lot et durcir les exigences en matière de contrôle de la qualité dans leurs contrats. La Fondation a continué d’inscrire les produits de Ranbaxy dans sa liste de médicaments génériques approuvés.

Regan Lachapelle, porte-parole de l’Initiative Clinton, nous a expliqué que l’organisation à but non lucratif a « laissé la décision aux gouvernements quant à ce qu’ils doivent faire ».

Mme Lachapelle ajoute que l’Initiative Clinton a limité ses achats de médicaments Ranbaxy aux médicaments pédiatriques (qu’il a tous testés) par prudence. L’organisation n’a toutefois pas poussé les gouvernements à faire de même parce que ni la FDA ni l’OMS n’ont déclaré que les médicaments étaient dangereux, et qu’aucun des produits n’a fait l’objet de rappel, précise-t-elle.

Regan Lachapelle souligne que cela a créé un dilemme pour les gouvernements d’Afrique sub-saharienne.

«S’il y a une rupture des médicaments que les patients qui prennent des antirétroviraux sont censés prendre tous les jours, il y a un risque qu’ils développent une résistance aux médicaments. Ce qui réduit leur efficacité quand ils recommencent à les utiliser », affirme Lachapelle.

« Ils peuvent aussi souffrir d’une augmentation de la charge virale et d’une diminution de la force de leur système immunitaire qui peut conduire à une maladie grave et à la mort », a-t-elle ajouté.

Dans sa note aux gouvernements en 2008, l’Initiative Clinton écrit: « Clinton Health Access Initiative croit qu’aucune décision des deux décisions – continuer à acheter ces produits chez Ranbaxy ou acheter à partir de sources alternatives – n’est potentiellement raisonnable en fonction des circonstances propres à chaque pays ».

Conclusion : les organismes de régulation ont indiqué que les médicaments anti-VIH/SIDA sont sûrs

The Daily Caller a indiqué que la Fondation Clinton et le Clinton Health Access Initiative ont distribué des médicaments anti-VIH « altérés» aux malades d’Afrique subsaharienne.

Plus précisément, la déclaration est une mauvaise lecture d’un rapport d’un Républicain conservateur soulignant que la fondation a «probablement facilité» la distribution de médicaments anti-VHI/Sida altérés.

Aucune des accusations formulées contre le fabricant Ranbaxy n’est prouvée. En fait, des organismes de contrôle ont conclu que les médicaments sont sûrs.

L’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) a précisé que qu’il n’y avait de preuve que les médicaments étaient en-deçà des normes. L’OMS, le Conseil sud-africain de contôle des médicaments d’Afrique du Sud et la British Medicines and Healthcare Products Regulatory Agency ont testé les médicaments de Ranbaxy. Ils les ont jugés sûrs. Ces tests remontent au moins à 2005.

L’affirmation est donc incorrecte.

Traduit de l’anglais. Lire la version originale sur le site de Politifact

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  1. Par Médard LEMA KILOLA

    Il n’y a pas de fumée sans feu. Les conclusions de cet article par ailleurs bien fait ne devraient pas clore le débat, au regard de personnalité de Bill Clinton qui, on le sait, est impliqué dans la déstabilisation de la région des Grands Lacs africains.

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