GUIDE : comment repérer des vidéos trompeuses, hors contexte et en mode « deepfake »

Une vidéo peut être facilement manipulée, mal représentée et créée. Ceci est un guide pour repérer trois types de vidéos trompeuses.

Voir n’est pas toujours croire. En septembre 2019, un certain nombre de vidéos censées montrer les violences xénophobes en Afrique du Sud sont devenues virales. Une enquête d’Africa Check révèle que beaucoup d’entre elles sont soit vieilles, soit sorties de leur contexte.

Les vidéos peuvent être facilement manipulées. Elles peuvent également être créées  en utilisant les nouvelles technologies, donnant ainsi l’impression que les gens disent ou font des choses aberrantes.

Comment repérer des vidéos douteuses ? Et quels outils utiliser ? Dans ce guide, nous expliquons comment identifier les vidéos manipulées, les vidéos partagées hors contexte et les deepfakes.

 

  1. Vidéos manipulées ou mal éditées

Parfois, les vidéos sont créées ou manipulées avec beaucoup de tact pour induire en erreur.

Il existe un certain nombre d’exemples sur le plan international, tels qu’une vidéo virale supposée montrer la présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, Nancy Pelosi, ivre. Elle a été visionnée plus 2,5 millions de fois sur Facebook en quelques jours seulement. Mais la vidéo a été ralentie pour déformer le débit de sa voix. Vous pouvez regarder la vidéo originale et la vidéo modifiée côte à côte ici.

Une combinaison de montages grossiers d’une vidéo, d’utilisation sélective de photos, donne l’impression que le président nigérian Muhammadu Buhari n’a pas assisté à la septième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique au Japon, fin août 2019.

La vidéo éditée, qui a été visionnée plus de 250 000 fois, ne montre aucune image de Buhari à la conférence et pose, à travers une légende, cette question : « Buhari est-il vraiment au Japon ? ». Mais cette vidéo – à partir de laquelle les scènes ont été copiées – montre clairement que Buhari était à la conférence.

Dans ce cas, il est facile de démasquer la vidéo avec une simple recherche en ligne. Outre que la présidence du Nigéria a déclaré les affirmations comme étant «fausses», une simple recherche de « Buhari au Japon » a permis de trouver de nombreuses photos et reportages relatant sa présence à la conférence. Celles-ci incluent des photos de Buhari parmi les présidents africains participant à la conférence et des photos de sa rencontre avec les présidents sud-africain et béninois.

Comment repérer une vidéo modifiée numériquement ou créée de toute pièce ?

  • Enregistrez une copie de la vidéo que vous vérifiez, avec un outil appelé Video Vault. De cette façon, vous aurez une copie de la vidéo même si elle est supprimée.
  • Recherchez pour voir si une copie non modifiée de la vidéo est disponible en ligne. Effectuez une recherche d’image inversée avec des captures d’écran de la vidéo ou recherchez des mots clés décrivant l’événement. Comparez les versions de la vidéo provenant de sources fiables à la vidéo que vous essayez de vérifier.
  • Vérifiez si la vitesse de lecture de la vidéo a été manipulée. Vous pouvez utiliser des outils en ligne gratuits tels que Kapwing pour ralentir ou accélérer la vidéo jusqu’à ce que le son semble « normal ». Comparez cette version à la vidéo que vous pensez avoir été manipulée.
  • Recherchez des « sauts » dans la vidéo ou des transitions maladroites où quelque chose a été ajouté ou supprimé. Vous pouvez le faire en parcourant des scènes uniques de la vidéo.

Ressources utiles

Le guide du fact-checkeur sur la vidéo manipulée, par le Washington Post

Comment détecter les vidéos manipulées par les Observateurs

 

  1. Vidéos partagées hors contexte

Souvent, les vidéos authentiques qui n’ont pas été éditées ou manipulées sont sorties de leur contexte.

En 2019, une vidéo horrible d’une femme poignardée est devenue virale en Afrique du Sud. Elle prétendait montrer le meurtre et la mutilation brutaux de Naledi Lethoba, 21 ans, dans la ville de Welkom. Mais la vidéo venait en réalité du Brésil.

Elle a été publiée par la police brésilienne à la recherche de trois femmes qui avaient tué un membre d’un gang rival. Cela n’a rien à voir avec le meurtre de Lethoba.

En 2016, une vidéo partagée sur Facebook était censée montrer que la police espagnole utilisait des chiens pour attaquer les migrants. Mais la vidéo provient en fait de la Special Assignment, une émission d’investigation sur les sujets d’actualité en Afrique du Sud. La vidéo a été prise en 1998 et montre la police sud-africaine en train de braquer ses chiens sur des migrants malawites.

Un post sur Instagram qui prétend montrer que des parties du corps humain sont cuites dans un grand chaudron a été largement partagé. Mais les parties du corps sont en réalité des accessoires conçus pour un film, comme le montrent clairement les commentaires qui accompagnent l’article.

Une recherche rapide dans Google sur « l’homme cuisinant des parties du corps humain + vidéo » donne plusieurs résultats, notamment ce démenti de la fausse affirmation selon laquelle la vidéo montrait que des Camerounais mangeaient de la chair humaine. Une recherche d’image inversée dans une capture d’écran de la vidéo a également conduit à la publication sur Instagram et à plusieurs démentis.

Comment vérifier si une vidéo est hors contexte ?

  • Essayez de rechercher différents termes décrivant la scène afin de trouver les utilisations précédentes d’une vidéo et d’éventuels démentis possibles. Prenez des captures d’écran des images clés de la vidéo et utilisez-les pour effectuer une recherche d’image inversée.
  • Utilisez YouTube DataViewer d’Amnesty International pour vérifier l’origine d’une vidéo YouTube. Portez une attention particulière à la date de publication d’une vidéo. Une vieille vidéo ne peut pas décrire des événements récents.
  • Lisez les commentaires accompagnant les vidéos et les publications sur les réseaux sociaux. Les gens utilisent souvent les commentaires pour démystifier une vidéo, une photo ou une revendication. Vous pourriez trouver des indices précieux ou des informations vérifiées postées par d’autres personnes.

Ressources utiles

Comment vérifier les vidéos en ligne, par Les Observateurs

Dix conseils pour vérifier une vidéo sur les réseaux sociaux, par Poynter

 

  1. Deepfakes

Les Deepfakes – une fusion entre « apprentissage en profondeur » et « faux » – qui utilisent l’apprentissage automatique et l’intelligence artificielle pour créer de fausses vidéos sont devenus un sujet d’inquiétude majeure. D’innombrables rapports suggèrent qu’ils constituent déjà un énorme problème qui pourraient devenir encore plus grave, à mesure que les politiciens, les partis politiques et d’autres s’en servent pour nuire.

Les meilleurs chercheurs en intelligence artificielle disent qu’ils sont sous-armés dans la guerre contre les deepfakes. Mais Claire Wardle, experte en vérification des faits, estime qu’il reste encore plusieurs années avant que cela ne devienne un problème majeur. Elle dit que le vrai problème est la désinformation qui apparaît déjà dans les « espaces les plus personnels » des gens.

Il existe un certain nombre de vidéos deepfakes populaires. Dans l’une d’entre elles, Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, affirme que « quiconque contrôle les données, contrôle l’avenir ». Dans une autre, l’ancien président américain Barack Obama qualifie son successeur, Donald Trump, de « crétin ». Ces deux exemples ont été conçus pour sensibiliser les gens sur les dangers des deepfakes.

Comment repérer un deepfake?

  • Effectuez une recherche sur Google pour voir si quelqu’un d’autre a fait un article sur le contenu de cette vidéo. Les médias d’information rendraient compte de véritables déclarations ou actions scandaleuses de personnalités publiques.
  • Prenez des captures d’écran de la vidéo et effectuez une recherche d’image inversée sur Google pour déterminer s’il existe une vidéo plus longue et originale. Cela pourrait vous aider à trouver des utilisations antérieures et le contexte plus large.
  • Recherchez une transcription d’un discours à comparer à la vidéo que vous vérifiez. Même si les gens improvisent souvent en public, c’est un bon point de départ.
  • Faites confiance à des sources fiables et méfiez-vous des comptes anonymes publiant des vidéos. Vérifiez rigoureusement le contenu afin de trouver des faits correspondants et des sources crédibles corroborant vos preuves.
  • Les deepfakes fonctionnent mieux avec de courtes vidéos en raison du temps et de la compétence qu’il nécessite pour en faire de plus longues. Méfiez-vous des vidéos brèves.
  • Il y a des indices visuels dans les deepfakes qui sont souvent faciles à repérer si vous savez quoi rechercher. Ceux-ci incluent des visages étranges et de l’asynchronisme, par exemple quand il n’y a pas de synchronisation entre le son et l’image.

 

Avez-vous des exemples africains de vidéos trompeuses ou fausses à ajouter à ce guide ? S’il vous plaît écrivez-nous à info@africacheck.org ou à senegal@africacheck.org

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